Tombeau pour un amour perdu

Quel est ce chaos d’étoiles en moi cette meurtrissure permanente
cette écume de rage au bord des lèvres cette rage qui déchire le ciel
son écho à travers le temps

Quel est ce chaos qui fait de moi un homme impropre cet homme désarticulé
parmi les marionnettes moisies leurs crachats leurs raclements de gorge leur souffle court

Quel est ce chaos de mots en moi cet amour perdu cette trahison ce mensonge perpétuel
mais les mots c’est précieux mon amour
il faut les comprendre les mots c’est un arbre en feu
la foudre dans le cheminement de la pensée un été dans les yeux

Quel est ce chaos que je vois dans mon miroir je suis défiguré j’ai perdu forme humaine
mes cernes racontent la blancheur de mes vies
je ne suis plus le même l’homme de la blessure lucide
je suis le protagoniste d’un acte manqué le personnage d’un mauvais drame
je cours en perdant mes pas sur la scène
je ne reconnais plus tes mots ta voix
je reprends le fil de nos promesses nos impatiences
et je ne retrouve plus nos baisers ce sont des oiseaux morts sur le parquet de la chambre
parlons-en de la chambre de ses mille secrets de ses mille ruptures de ses milles faussetés
du rouge au mur comme un rideau de théâtre
je ne trichais pas je ne suis pas de ces hommes qui comptent dans l’obscurité la monnaie du cœur
de la chambre parlons-en mon amour je voulais m’y enraciner
je désirais la mer sous tes pieds je voulais mourir chêne millénaire
je respectais le cérémonial de nos sentiments
je rendais hommage à l’éternité derrière tes caresses je rendais les armes
qu’en est-il aujourd’hui
il n’y a plus que poussière nos serments ont fané l’air est mélancolique
on dirait le parfum d’une fin de fête

Quel est ce chaos qui me dévore tu n’as pas été fidèle à la vocation du vent
à la transparence de nos songes j’erre à travers tes mensonges vidés
je suis sans idée sans passion les vagues de l’amertume roulent inondent mon corps
j’étouffe dans ces masques je ne veux plus jouer
je veux reprendre au vestiaire de la vérité les gestes troublés

Quel est ce chaos en moi ô jour sans grâce solitude dans toutes les pièces que je traverse
on y voit un spectre d’amant en pleurs
je suis l’époux de la peur je fais mon étude de la mort grimaçante
le paradis de ta bouche déliée était-il réel et cette panique peinte partout sur tous les murs de la ville
j’ai tout perdu ma tête mon nom je ne suis plus que silhouette
ombre revenant du plein cauchemar

Un amour change ainsi que font les étoiles dans la nuit
tes mains étaient un jardin où il y faisait bon respirer
tu ôtais alors l’air inquiet sur mon front t’attardant à l’endroit où mes idées sont grises
ô mon amour toi seule demeures aujourd’hui
où je perds le fil de mon chant
et celui de mes jours parce que j’ai voulu te redire je t’aime
et que ce mot est un mensonge quand il est dit si mal

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Si je me couche dans son lit entendrai-je
le cœur ailleurs et la tête pleine de fausses nuits
les larmes de celle qui y dormait et les convulsions
cette soif du corps brûlant sous la langueur
la langue ruisselante le tourment des doigts
arrêtés dans leur course follement tordus de douleur
jamais je ne reconnaîtrai dans son souffle
les haleines des anciennes amours mon Dieu
que les mots sont lourds
je suis jaloux d’elles j’étouffe
elles battent à mes tempes et sur ma chair singent la vengeance

Si je me couche dans son lit entendrai-je
les confessions mille fois approuvées
et ce vide dans la poitrine alors insoutenable gravité du temps
une pierre pesante une pierre à mon cou
pour les trappes secrètes d’un lac ténébreux

Tout mot à mes lèvres est un pauvre mendiant
une injure au narrateur une syntaxe torturée
si je lui dis si souvent je t’aime
c’est faute d’un parler de cristal

Je vais te dire une chose
j’ai peur de toi des gestes que tu n’as pas
de ce qui meurt de n’être pas dit
j’ai peur du feu et de la glace
moi aussi j’ai langui auprès de la mort
dans l’âme les bleus à l’âme comme d’effroyables corbeaux
avares des maux des miettes de vie dans le cœur

je veux te dire une chose
ferme les fenêtre laisse tomber la parole dans le silence
j’ai beau hurler que je me meurs de toi
ils ne me croient pas ils m’habillent de leurs rires
j’ai beau leur dire comme on allume un incendie

je suis fait pour les mots que tu m’écris
mon amour

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Nul ne peut trouver autre lieu qu’en lui-même
autre grâce que la grâce d’aimer
moi-même en mes terres mille fois remuées
terres de brouillard sans mémoire
mes jours toujours sont au dénouement du drame
et chantent une cantilène qui me rend libre de tout
moi-même en mes terres mille fois trouées
cette patrie du néant ce désert hideux
astreint pour longtemps à la solitude des sourires
avec mon cœur végétant mi-vivant
trahissant un mal sans nom sous les rires désaccordés
mon désir réussiras-tu à pousser tes soupirs?

ô mes mélancolies malvenues vous séjournez sous un soleil propice
vous entrez par effraction vous ignorez les hôtes
vous nourrissez ma nuit de vos images défuntes!
Maintes fois je dois vous emprunter votre voix
mourant un peu de mes compromissions quotidiennes

Je ne voudrais qu’aimer je veux chasser les ombres sur ma peau
je ne voudrais qu’être un seul amour entier une déflagration
je veux voir ces terres en moi inondées
célébrer des messes intérieures des noces souterraines

je veux le cri d’une femme touchée
le feu de son amour purifiant l’air
mais la nuit reprend ses terres m’arrache des confidences infinies
la nuit m’autorise à cacher mon visage

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Je ne sais rien de plus sidérant
que ce ciel déchiré en soi
cette brèche
qu’ouvre l’effarante douleur du beau.
Où suis-je quand je suis tout à elle?

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La sagesse serait de faire de tes mains
une chambre d’été
où l’on vivrait
de vivre,
où l’on oublierait de prononcer
ces mots de rupture.

Vivre des noces intérieures
et traverser l’épaisseur de l’air,
vivre d’une morsure du vent,
d’un sourire féminin.

Tout le reste est obscur
et ne fait qu’accroître l’épouvante
qui torture nos bouches.

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Ce matin tu es sortie
les merles faisaient feu de toute lumière,
alors tu as souhaité
que ta parole imite leur vol,
qu’elle soit comme eux
lavée de toutes les ombres.

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Dans le songe parfois
des sourires éveillent des mers
il vient une neige odorante
avec des ombres nouvelles
alors dans les bras proches par le parfum de l’air
nous devenons mendiants de la lumière.

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